Discussion:
Enjoindre quelqu'un de + infinitif
(trop ancien pour répondre)
Claude Weil
2005-02-28 14:22:13 UTC
Permalink
Ces temps-ci, je lus deux fois dans le quotidien suisse romand Le
Temps des tournures du type « enjoindre quelqu'un de faire quelque
chose ». Je me dis que c'étaient là des helvétismes. Néanmoins, je
viens de retrouver la même tournure dans Le Monde de vendredi dernier,
bien que « Le Style du Monde » ne manque pas d'indiquer qu'on enjoint
À quelqu'un de faire quelque chose. Le fait que Le Monde collabore
avec Le Temps aurait-il amené celui-là à se suissiser ?

CW
Pierre-Paul HAY-NAPOLEONE
2005-02-28 16:29:46 UTC
Permalink
Post by Claude Weil
Ces temps-ci, je lus deux fois dans le quotidien suisse romand Le
Temps des tournures du type « enjoindre quelqu'un de faire quelque
chose ». Je me dis que c'étaient là des helvétismes. Néanmoins, je
viens de retrouver la même tournure dans Le Monde de vendredi dernier,
bien que « Le Style du Monde » ne manque pas d'indiquer qu'on enjoint
À quelqu'un de faire quelque chose. Le fait que Le Monde collabore
avec Le Temps aurait-il amené celui-là à se suissiser ?
Je suis Suisse sans le savoir ?


PPHN, plus sûr de rien
Olivier Miakinen
2005-02-28 16:40:45 UTC
Permalink
Post by Claude Weil
Ces temps-ci, je lus deux fois dans le quotidien suisse romand Le
Temps des tournures du type « enjoindre quelqu'un de faire quelque
chose ». Je me dis que c'étaient là des helvétismes. [...]
Je crois bien n'avoir jamais vu d'autre tournure que « je vous enjoins
de faire ceci », mais évidemment cela ne me renseigne pas sur la forme
correcte entre « enjoindre quelqu'un de faire quelque chose » et
« enjoindre à quelqu'un de faire quelque chose ».

Le Petit Larousse ne m'est pas d'une très grande utilité, puisqu'il ne
donne aucun exemple et qu'il se contente de deux synonymes : /ordonner/
et /mettre en demeure/, or si on met quelqu'un en demeure, on ordonne à
quelqu'un...

Le TLFi ne m'aide pas plus car il ne répond pas en ce moment, et je n'ai
pas mon Petit Robert.

Personnellement j'aurais bien enjoint « quelqu'un », pourtant je ne suis
pas Suisse.
--
Olivier Miakinen
Non, monsieur le juge, je vous le jure : jamais je n'ai cité
Bruxelles dans ma signature.
N.003
2005-02-28 16:50:28 UTC
Permalink
Olivier Miakinen wrote:>
Post by Olivier Miakinen
Personnellement j'aurais bien enjoint « quelqu'un », pourtant je ne
suis pas Suisse.
Comme Colette ?

« Il m'envoie au tableau noir et m'enjoint de tracer un cercle »
(Colette).
DB
2005-02-28 16:54:24 UTC
Permalink
Post by Olivier Miakinen
Post by Claude Weil
Ces temps-ci, je lus deux fois dans le quotidien suisse romand Le
Temps des tournures du type « enjoindre quelqu'un de faire quelque
chose ». Je me dis que c'étaient là des helvétismes. [...]
Je crois bien n'avoir jamais vu d'autre tournure que « je vous enjoins
de faire ceci », mais évidemment cela ne me renseigne pas sur la forme
correcte entre « enjoindre quelqu'un de faire quelque chose » et
« enjoindre à quelqu'un de faire quelque chose ».
Le Petit Larousse ne m'est pas d'une très grande utilité, puisqu'il ne
donne aucun exemple et qu'il se contente de deux synonymes : /ordonner/
et /mettre en demeure/, or si on met quelqu'un en demeure, on ordonne à
quelqu'un...
Le TLFi ne m'aide pas plus car il ne répond pas en ce moment, et je n'ai
pas mon Petit Robert.
Personnellement j'aurais bien enjoint « quelqu'un », pourtant je ne suis
pas Suisse.
http://minilien.com/?0FeiKaoPhb
DB
2005-02-28 16:58:59 UTC
Permalink
Post by DB
Post by Olivier Miakinen
Personnellement j'aurais bien enjoint « quelqu'un », pourtant je ne suis
pas Suisse.
http://minilien.com/?0FeiKaoPhb
et
http://minilien.com/?AnQLtlS1cT
Olivier Miakinen
2005-02-28 17:46:47 UTC
Permalink
Post by DB
Post by DB
Post by Olivier Miakinen
Personnellement j'aurais bien enjoint « quelqu'un », pourtant je ne suis
pas Suisse.
http://minilien.com/?0FeiKaoPhb
et
http://minilien.com/?AnQLtlS1cT
En résumé, si j'ai bien tout compris, la forme correcte serait
« enjoindre à quelqu'un de ... », la forme incorrecte fréquemment
rencontrée en France serait celle que Claude dénonçait comme un
hélvétisme (et c'est celle que j'aurais employée, à tort), et la
forme incorrecte employée au Québec par calque de l'anglais serait
« enjoindre quelqu'un à ... ».
--
Olivier Miakinen
Non, monsieur le juge, je vous le jure : jamais je n'ai cité
Bruxelles dans ma signature.
dphn
2005-02-28 19:09:02 UTC
Permalink
Post by Olivier Miakinen
En résumé, si j'ai bien tout compris, la forme correcte serait
« enjoindre à quelqu'un de ... »
Quelques autres possibilités... Voici ce que dit le TLFi :

<cit.>
[Le COD exprime un procès] Ordonner expressément.
A. Vieilli. Le procès est exprimé par un substantif désignant une
action; le verbe peut être suivi d'un complément secondaire introduit
par "à", désignant la personne à qui l'ordre est donné : « L'Église
enjoint l'observation des fêtes » (Ac.).

B. Le procès est exprimé par un énoncé verbal.
1. Courant. Le COD est un infinitif introduit par "de" ; le verbe est
suivi d'un complément secondaire introduit par "à", désignant la
personne à qui l'ordre est donné :
« Voici un ordre du cardinal duc qui enjoint d'achever la cérémonie
nonobstant toute opposition. » (DUMAS père)
« Il m'envoie au tableau noir, et m'enjoint de tracer un cercle.
J'obéis.» (COLETTE)
« ... le courrier m'a apporté une carte des autorités militaires
m'enjoignant de me présenter dans quatre jours à la visite médicale.
»
(GREEN)

Emploi impersonnel.
« Bien loin qu'ils [les chrétiens] aient le droit de fuir les hommes
en Dieu, il leur est enjoint de retrouver Dieu dans les hommes. »
(MAURIAC)

Par brachylogie, rare. Le COD est un substantif complément d'un verbe
d'action implicite; enjoindre la prudence = enjoindre d'observer la
prudence : « Il lui enjoignit la plus grande prudence. » (BALZAC)

2. Rare
a) Le COD est une proposition complétive introduite par "que" dont le
verbe est au subjonctif :
« [Le dauphin] manda aux villes du royaume que son intention n'était
pas et n'avait jamais été d'appeler le duc de Bourgogne à son aide.
Il enjoignit qu'une nouvelle lettre qu'il écrivait à ce duc fût
partout publiée... » (BARANTE)

b) Le COD exprime un ordre rapporté au discours direct ou par un
pronom neutre qui en reprend le contenu; le verbe est suivi d'un
complément secondaire introduit par "à", désignant la personne à qui
l'ordre est donné :
« Elle lui enjoignit : " Dors, pauvre homme. Dors, si tu peux. " »
(ROY)

DONA PROUHÈZE
- Pourquoi essayerais-je de fuir alors que vous me conduisez là
précisément où je voulais aller?
DON BALTHAZAR
- Et ce que j'avais refusé, c'est votre époux qui me l'enjoint!
(CLAUDEL)

C. Rare, emploi absolu :
« ... le colligeur de l'Almanach Hachette (...) a recueilli environ
trois cents fautes (...) de français, et il les a redressées
courageusement. Il ne donne pas d'explications ; il enjoint. C'est un
"dites, ne dites pas" dans toute la sécheresse brutale de ces sortes
de manuels... » (GOURMONT)
</cit.>
--
dphn
Olivier Miakinen
2005-02-28 19:41:45 UTC
Permalink
Post by dphn
Post by Olivier Miakinen
En résumé, si j'ai bien tout compris, la forme correcte serait
« enjoindre à quelqu'un de ... »
Ah oui, il répond de nouveau. Merci du copicollage qui me permet
d'y répondre. Tout d'abord, on constate qu'aucune des possibilités
n'autorise d'employer le COD pour la personne à qui on enjoint de
faire quelque chose. Maintenant, voyons l'ensemble des exemples donnés
dans les cas « courants » (B.1.)
Post by dphn
« Voici un ordre du cardinal duc qui enjoint d'achever la cérémonie
nonobstant toute opposition. » (DUMAS père)
La personne à qui l'ordre est donné est sous-entendue.
Post by dphn
« Il m'envoie au tableau noir, et m'enjoint de tracer un cercle.
J'obéis.» (COLETTE)
Ici c'est « m' ». Difficile de deviner que ce n'est pas un COD.
Post by dphn
« ... le courrier m'a apporté une carte des autorités militaires
m'enjoignant de me présenter dans quatre jours à la visite médicale.
» (GREEN)
« m' ». Idem.
Post by dphn
« Bien loin qu'ils [les chrétiens] aient le droit de fuir les hommes
en Dieu, il leur est enjoint de retrouver Dieu dans les hommes. »
(MAURIAC)
« leur ». Là on peut faire la différence avec « ils °sont enjoints ».


Bon, eh bien maintenant je saurai. Merci à Claude Weil qui l'a signalé
et à tous ceux qui ont répondu.
--
Olivier Miakinen
Non, monsieur le juge, je vous le jure : jamais je n'ai cité
Bruxelles dans ma signature.
Claude Weil
2005-03-01 06:07:03 UTC
Permalink
On Mon, 28 Feb 2005 20:41:45 +0100, Olivier Miakinen
Post by Olivier Miakinen
Bon, eh bien maintenant je saurai. Merci à Claude Weil qui l'a signalé
et à tous ceux qui ont répondu.
Je vous en prie. Je me dois d'ajouter que je suis fort étonné que
l'emploi correct d' « enjoindre » soit à ce point tombé dans l'oubli.

CW
Olivier Miakinen
2005-03-01 11:11:00 UTC
Permalink
Je me dois d'ajouter que je suis fort étonné que l'emploi correct
d'« enjoindre » soit à ce point tombé dans l'oubli.
J'ai déjà avancé une hypothèse : c'est le fait que la plupart du temps
l'emploi d'un prénom personnel ne permette pas de trancher quand on ne
connaît pas la règle.

Ce que je trouve en revanche inadmissible, c'est qu'un dictionnaire
comme le Petit Larousse grand format ne donne pas une ligne
d'explication pour savoir comment on doit l'utiliser. J'avais
tendance à oublier pourquoi je préfère le Petit Robert malgré
l'absence d'illustrations, mais cela me le rappelle.
--
Olivier Miakinen
Non, monsieur le juge, je vous le jure : jamais je n'ai cité
Bruxelles dans ma signature.
Babacio
2005-03-01 11:14:56 UTC
Permalink
Post by Olivier Miakinen
Je me dois d'ajouter que je suis fort étonné que l'emploi correct
d'« enjoindre » soit à ce point tombé dans l'oubli.
J'ai déjà avancé une hypothèse : c'est le fait que la plupart du temps
l'emploi d'un prénom personnel ne permette pas de trancher quand on ne
connaît pas la règle.
Ce que je trouve en revanche inadmissible, c'est qu'un dictionnaire
comme le Petit Larousse grand format ne donne pas une ligne
d'explication pour savoir comment on doit l'utiliser. J'avais
tendance à oublier pourquoi je préfère le Petit Robert malgré
l'absence d'illustrations, mais cela me le rappelle.
Je dois dire que je n'avais jamais entendue la forme incorrecte
qualifiée d'helvétisme.
Ork
2005-03-03 10:30:21 UTC
Permalink
Post by Claude Weil
On Mon, 28 Feb 2005 20:41:45 +0100, Olivier Miakinen
Post by Olivier Miakinen
Bon, eh bien maintenant je saurai. Merci à Claude Weil qui l'a signalé
et à tous ceux qui ont répondu.
Je vous en prie. Je me dois d'ajouter que je suis fort étonné que
l'emploi correct d' « enjoindre » soit à ce point tombé dans l'oubli.
D'autant plus qu'« ordonner », avec la même construction, n'est pas
autant maltraité.
--
Ork
part. ch. signature t.b.e. pour rempl. sign. usée
Olivier Miakinen
2005-03-03 13:26:39 UTC
Permalink
Post by Claude Weil
Je vous en prie. Je me dois d'ajouter que je suis fort étonné que
l'emploi correct d' « enjoindre » soit à ce point tombé dans l'oubli.
D'autant plus qu'« ordonner », avec la même construction, n'est pas
autant maltraité.
... et que l'autre synonyme d'enjoindre d'après le PL, « mettre en
demeure », n'est pas maltraité dans l'autre sens. On ne va pas mettre
à quelqu'un en demeure de faire quelque chose.
--
Olivier Miakinen
Non, monsieur le juge, je vous le jure : jamais je n'ai cité
Bruxelles dans ma signature.
Némée
2005-02-28 16:48:49 UTC
Permalink
Dans votre citation du monde il y a à ce qui change tout.
Voici ce que dit Littré.


ENJOINDRE Se conjugue comme joindre), v. a. Commander expressément et avec
autorité. On enjoignit à tous les officiers de rester à leur poste.
(dito)
2005-02-28 17:02:09 UTC
Permalink
Post by Némée
Dans votre citation du monde
Lequel ? L'autre ?
Némée
2005-02-28 17:22:59 UTC
Permalink
Post by Némée
Dans votre citation du monde
Lequel ? L'autre ?
Eh oui j'ai oublié la majuscule mea culpa, mea maxima culpa....
Némée.
Continuer la lecture sur narkive:
Loading...